Gainsbourg, l'homme à la tête de choux

le 11-02-2010
COUP DE COEUR - Joann Sfar, dessinateur et réalisateur français, a accompli un exploit avec "Gainsbourg (vie héroïque)". Un conseil : courez dans le ciné le plus proche, il ne sera bientôt plus à l'affiche...


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Né Lucien Ginzburg. Fils d'immigrants russes juifs. Son ambition : devenir un grand peintre. Le film va alors mettre en lumière le talent inné du petit prodige qui pourtant ne deviendra pas un grand peintre. Mais un grand nom de la chanson française. Et même bien plus encore. Serge Gainsbourg n'aura pas simplement marqué sa génération de son côté insolent et provocateur. Non, il continue de susciter de l'admiration pour certains et de la haine pour d'autres. Comme le dit la voix off au début du film, "c'est un de ceux qu'on adore détester".

Joann Sfar lui fait parti des gens qui admirent cette grande figure. Cela se voit et se ressent. Le résultat : un film très poétique et surtout très crédible. Le réalisateur a su effacer des moments de la vie de l'artiste pour n'en garder qu'une partie et ainsi éviter la comédie musicale. Le spectateur va donc assister à deux naissances parallèles : celle de Gainsbourg et celle du Gainsbarre. Et ce dernier sera représenté sous la forme d'une grande marionnette très maigre. Une marionnette qui symbolise parfaitement la vision que Gainsbourg avait de lui-même : un physique ingrat avec de grandes oreilles, un nez proéminent et une tête en forme de choux-fleur.

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Le réalisateur va plonger dans la sensibilité de l'artiste pour en faire ressortir les événements les plus importants de son existence. Sa rencontre avec Boris Vian qui sera décisive pour sa carrière, sa relation amoureuse avec Brigitte Bardot qui lui inspirera des chansons restées célèbres telles que Comic Strip ou Bonnie and Clyde... Et surtout son amour pour Jane Birkin qui lui vaudra sa petite fille Charlotte Gainsbourg. C'est à cette époque que Gainsbourg laisse ressortir le Gainsbarre. Air négligé, pas coiffé, rarement sobre... Au fil du film, le spectateur se laisse porter par les émotions. Coincé entre deux sentiments. Emu par ce parcours prodigieux et ému par la fragilité de cet homme.

La poésie de Joann Sfar n'aurait pu être mise en relief sans le duo d'acteur Elmosnino/Casta. Bien sûr, comment ne pas évoquer la terrible ressemblance entre Serge Gainsbourg et Eric Elmosnino ? Une similitude frappante qui lui permet d'incarner parfaitement ce personnage pourtant si singulier. Sans parler de Laetitia Casta dans le rôle de BB. Cheveux longs blonds, regard coquin et innocent à la fois, grandes cuissardes noires... Dès son arrivée, le spectateur ne peut s'empêcher de retenir sa respiration. Casta ressuscite la Brigitte Bardot que plus personne n'arrive à entrevoir à l'heure actuelle... Et notons aussi l'apparition du réalisateur dans la peau de Georges Brassens !

Et c'est là qu'arrive la touche négative de ce brillant opus ! Philippe Katerine est plus Katerine que Boris Vian et Lucy Gordon est plus Carla Bruni que Jane Birkin... Bien sûr un détail lorsque l'on passe un si bon moment que devant le film rendant hommage à Serge Gainsbourg.

Grâce au génie, ou à la folie, de Joann Sfar, Gainsbourg rentre dans la lignée des grands noms inoubliables de la musique tout comme l'ont fait précédemment Ray Charles dans Ray ou encore Johnny Cash dans Walk the line...

(Photos Jérome Brezillon)
Écrit par Marine Combe

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