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Le collège Vercors fait de la résistance... aux idées reçues

le 09-02-2010

Le collège Vercors. 274 élèves, situé rue Argouge, un des quartiers les plus pauvres de la région Rhône-Alpes. Une mixité ethnique très importante, un taux d'évitement relativement élevé. Tout le portrait du collège poubelle qui cristallise toutes les vicissitudes de l'Education Nationale. Pourtant, une équipe éducative volontaire et dévouée met toute son énergie pour faire de ce collège un "établissement comme les autres". Grenoble & Moi est allé à la rencontre de ces fonctionnaires qui, entre craintes et espoirs, ne demanderaient leur mutation pour rien au monde.

collège vercors grenoble

Madame Véronique Ghiglione est la principale du collège Vercors depuis deux ans.

Grenoble & Moi : Quels sont les problèmes que rencontre ce collège plus particulièrement ?

Véronique Ghiglione : Contrairement à certains clichés, il n'y a pas ici de problème d'alcool ou de drogue. Ce genre de questions concernent plus un public lycéen. Mais on constate en général un problème de violence chez les élèves. Pas tant à l'encontre des professeurs mais entre eux-mêmes. C'est une violence physique, mais aussi verbale. La violence verbale existe dans tous les établissements, si vous allez dans la cour du lycée Champollion, vous entendrez aussi des horreurs. Mais il y a ici une tendance générale à une grande pauvreté lexicale et à une abscence de vocabulaire émotionnel. On ne sait pas exprimer à l'autre ses sentiments alors les mots dérapent très vite. 
L'autre problème particulièrement récurrent, c'est la difficulté à faire respecter certaines règles. Deux choses sont particulièrement problématiques : la tenue vestimentaire et le téléphone portable. Pour la tenue vestimentaire, il faut comprendre que ces jeunes sont dans une relation de type "clanique" ou le blouson, la casquette ou autre ont une importance qui va au-delà de la simple question vestimentaire. Quant au téléphone portable, disons le clairement, il représente un problème d'attention en classe qui nuit à la bonne tenue des cours. Enfin, un autre fléau de l'attention en classe, c'est clairement Internet. Quand j'ai commencé ma carrière, nous avions des élèves qui s'endormaient en cours parce qu'ils avaient fumé du cannabis. Aujourd'hui, nous avons des élèves qui s'endorment en classe parce qu'ils ont passé leur nuit sur MSN. 

collège vercors grenoble

Grenoble & Moi : Pourquoi certaines règles, comme l'interdiction du portable en classe par exemple, sont-elles si difficiles à faire respecter ?

Véronique Ghiglione : Il faut comprendre que ces jeunes sont globalement une génération où le "non" n'existe pas. Issus le plus souvent de familles assez modestes, leurs parents pensent que leur bonheur passe par la satisfaction immédiate de leurs désirs. Il est donc très dur de leur imposer ensuite des règles contraignantes sachant qu'ils n'ont pas de freins en dehors de l'école. 

Grenoble & Moi : Globalement quel est le niveau scolaire général des élèves, en terme de résultats ? 

Véronique Ghiglione : Un collège "standard" envoie en général 60 % de ses élèves en filière générale et 40 % en filière professionnelle. Chez nous ces proportion sont inversées, 40 % en général et 60 % en professionnel. Mais le niveau entre les élèves est très variable : malgré ces résultats plus faibles, nous avons aussi d'excellents élements qui font un cursus brillant au lycée ou qui intègrent sur concours le Lycée International de Grenoble., un établissement prétendument "élitiste".

Grenoble & Moi : Qu'est-ce qui est fait concrètement pour aider les élèves en difficultés ?

Véronique Ghiglione : Plusieurs programmes de tutorat sont organisés, en partenariat avec des élèves de Sciences Po, pour essayer de monter le niveau des élèves, et surtout essayer de leur donner de l'ambition, de leur faire découvrir le champ des possibles, et qu'ils ne se disent pas "ça n'est pas pour moi". On essaie aussi au maximum de multiplier les sorties culturelles pour leur faire découvrir autre chose, leur ouvrir l'esprit. Mais le problème avec ce type de public, c'est qu'il est très difficile de les motiver pour faire quelque chose en dehors des heures de collège. Tant que c'est dans la journée, ils sont relativement réceptifs, mais, pour vous donner un exemple, nous avions organisé une sortie à l'opéra un soir, en dehors des heures de classe, pour un euro seulement. Pour être sincère, ça a plutôt été un échec.

collège vercors grenoble

Grenoble & Moi : Avez vous de nombreux cas de violences graves entraînant des sanctions disciplinaires ?

Véronique Ghiglione : L'année dernière, nous avons eu huit conseils de discipline pour des actes de violence. Tous n'entraînent pas d'expulsion automatique, il s'agit parfois aussi, par cette procédure, de recadrer l'élève. Cette année, nous avons déjà eu deux procédures disciplinaires pour violences sur enseignant avec menaces de mort. Une des procédure a entraîné l'exclusion immédiate de l'élève, la deuxième va se tenir très prochainement. 

Grenoble & Moi : Que vous inspirent ces parents qui contournent la carte scolaire pour ne pas inscrire leurs enfants à Vercors ? Qu'est-ce qui est fait ici pour attirer de bons élèves venant d'autres secteurs ?

Véronique Ghiglione : Il y a une chose à bien comprendre, et que nos actions de promotion dans les écoles primaires nous a bien fait réaliser : les parents contournant la carte scolaire ne cherchent pas à éviter le collège, ils cherchent à éviter le quartier. Les parents savent que l'équipe pédagogique ici est impliquée, mais ils ont peur de la sortie de l'établissement. Mon rôle est d'assurer la sécurité à l'intérieur des grilles du collège, je n'ai hélas ni la compétence, ni les moyens de sécuriser l'ensemble du quartier. Malgré cela, nous essayons d'attirer de bons élèves de l'extérieur, en nous déplaçant dans les écoles primaires pour faire la promotion du collège. Nous avons aussi ouvert un enseignement de chinois depuis deux ans, qui aujourd'hui fait le plein. 

Grenoble & Moi : Quelle est l'ambiance parmi les enseignants, dans un environnement parfois difficile ?

Véronique Ghiglione : La plupart des enseignants qui travaillent ici sont très content de leur mission. Ils ont un fort sentiment d'utilité. Et il est très important de garder une excellente ambiance dans l'équipe pédagogique. Dans certains collèges, vous pouvez avoir 150 heures de cours par semaine qui ne sont pas assurées car les profs se mettent en arrêt maladie. Nous n'avons pas ce genre de problème ici.

(crédits photos : collège Vercors / G&M)


Écrit par Damien Durand Dernière mise à jour : ( 03-03-2010 )

Commentaires

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celineGre, le 09-02-2010 : pbm sans fin

Ce dossier montre bien que il ny a pas de solutions qui viennent directement de
l'école. Tant que le quartier ne sera pas sécurisé, le college aura mauvaise
reputation. Pourquoi alors multiplier les moyens pour l'école ? Les éleves ne
sont plus betes a Vercors que ailleurs ? Pourquoi donner plus alors que le
probleme bient du quartier, de l'environnement général. Tout ceci n'est pas un
probleme scolaire, c'est un probleme social.

 
kristaps, le 10-02-2010 : éducation

Les deux premiers articles montrent surtout que c'est l'éducation à la maison
qui fait toute la différence, et pas tant le niveau du collège, probablement
aussi bon qu'ailleurs. On avait parlé de responsabiliser les parents
financièrement, qu'en est-il ? Supprime-t-on les allocations aux parents
d'enfants délinquants ? Un peu de courage et de volonté messieurs les
gouvernants !

 
tuc38, le 10-02-2010 : a kristaps

supprimer les allocations ? pour rajouter des difficultés financières à des
parents qui ont déjà du mal ? c'est une proporsition absurde. Croire que les
parents font exprès de ne pas surveiller leur gamin c'est de la mauvaise foi !
ce sont surement des personnes qui cumulent beaucoup de difficultés sociales,
les accuser en plus d etre de mauvais parents, c vraiment de la
"bien-pensance" de nantis.

 
lea, le 11-02-2010 :

un dossier intéressant, mais il aurait bien d'avoir aussi l'avis des élèves non
? Pourquoi seuls les enseignants ont le droit de s'exprimer sur les questions de
l'école ?

 
Anonyme, le 13-02-2010 :

"Il faut comprendre que ces jeunes sont globalement une génération où le
"non" n'existe pas. Issus le plus souvent de familles assez modestes,
leurs parents pensent que leur bonheur passe par la satisfaction immédiate de
leurs désirs. Il est donc très dur de leur imposer ensuite des règles
contraignantes sachant qu'ils n'ont pas de freins en dehors de
l'école".

La phrase capitale de cet article; Les enfants n'ont aucun
cadrage chez eux, aucune limite. Et après on se demande pourquoi ça marche mal.
La bonne blague.

 

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