Loin de la grosse superproduction à laquelle il nous avait habitué, Peter Jackson revient avec un film entre rêveries et cauchemars.
La petite Suzy Salmon coule une existence paisible d'adolescente de quatorze ans, dans l'Amérique pavillonnaire des années 70. Ses parents sont unis, elle est amoureuse d'un bellâtre de son école, bref tout va pour le mieux. Mais Suzy va croiser la route de George Harvey, son voisin à priori sans histoire, qui va l'entraîner dans une cachette, la violer et l'assassiner. Suzy va se retrouver dans "l'Entre Deux", sorte de Paradis, mais pas tout à fait, où elle va essayer de communiquer avec ses parents pour les mettre sur la piste de son meurtrier, toujours impuni.

Peter Jackson avait l'habitude de faire dans la (très) grosse production ces dernières années. Après la trilogie du Seigneur des Anneaux et sa version moderne de King Kong, il revient ici avec un film beaucoup plus intimiste. Une histoire mi-sordide et mi-onirique, qui peut déstabiliser par moments devant la succession rapide des deux atmosphères. La qualité du film doit beaucoup à ses interprètes, avec en premier Stanley Tucci dans le rôle de l'horrible Georges Harvey. Nominé pour l'Oscar du meilleur second rôle masculin, il livre une composition terrifiante de son personnage. Voisin sans histoire, qui construit des maisons de poupées, mais souffre de pulsions abominables envers les jeunes filles pré-pubères. La scène où il entraîne la petite Suzy dans son repaire est à ce titre particulièrement sordide et angoissante.

Le rythme du film et la tension ont cependant tendance à s'étioler au fur et à mesure que l'intrigue progresse, au point que la fin en devient même un peu longuette, partagée entre une chute qui, quoique surprenante, nous laisse sur notre faim, et des considérations oniriques qui ne parleront pas forcément à tout le monde. Une oeuvre à découvrir donc, pour se rappeler que Peter Jackson sait aussi faire des films intimistes, loin de la débauche de dollars qu'ont été ses quatre précédentes réalisations.